Pamphlet du système pourri
16 sept. 2025Ce texte ne cherche pas à cajoler. Il voit la Guinée telle qu’elle est — un corps malade dont les bourreaux portent parfois le même cœur que les victimes. Si tu veux une morale apaisée, va lire un traité. Ici on crache la bile pour réveiller. Lecture rude, vérité nue.
Le système, ce n’est pas une bête au palais, ni un djinn caché sous un képi. Non ! Le système, c’est une fosse sceptique où tout le monde a déposé son caca. Et après ça, chacun vient se boucher le nez en disant : « Berk, ça sent mauvais ! » Hypocrites ! C’est notre odeur collective.
Au centre, les ogres : politiciens ventrus, militaires bourrés de galons, affairistes gonflés de mensonges. Ils n’ont pas de pays, seulement des comptes bancaires. Ils avalent le budget comme du lafidi et rotent au visage du peuple.
Autour, les parasites : cousins, griots relookés « communicants », clowns en veste serrée. Et surtout, les « influenceurs » de malheur, bénéficiaires de pass orange ou collés au Wi-Fi du ministère. Ils font des directs Facebook, hurlent « justice » et « démocratie », mais leur morale est en caoutchouc : ça se tord, ça se plie, ça change de camp au premier billet. Le matin, révolutionnaires en 4G ; le soir, flatteurs de ministres en messages privés : « Excellence, je suis à votre disposition, voici mon CV. »
Et puis, le cercle large. Le plus crade. Nous : commerçants, fonctionnaires, étudiants, enseignants, syndicalistes, la diaspora qui commente à distance, jeunes des quartiers, et oui — même des imams qui, entre deux prières, murmurent parfois des douas pour les bourreaux du moment. On crie « À bas le système ! », et dès qu’un ministre débarque, on se bat pour ramasser la poussière de ses pneus. On like ses photos, on bénit son nom, on tend la main. On maudit la corruption en public, mais en privé, on demande un « petit geste ». Bande de cabris attachés qui bêlent à longueur de journée.
Les réseaux sociaux ? Un carnaval de lâcheté. Des gladiateurs de pacotille, des prophètes aveugles. Chacun veut être messie, personne ne veut payer le prix. On fait la révolution avec des émojis, on libère le peuple à coups de hashtags. Pendant ce temps, le système rit. Bien assis, gros cigare au bec, il lit nos insultes sur Facebook. Il se marre : « Insultez, insultez… tant que vous likez mes photos, je reste là ! »
Voilà la Guinée : un grand malade qui pue la gangrène, mais qui s’entête à poster des selfies avec un filtre beauté. Fièvre à quarante, poumons pourris, cœur en panne, mais le statut Facebook dit : « Dieu merci, ça va ! » Et trois cents commentaires crétins : « Courage mon frère ! Tu es fort ! » Pendant ce temps, le pays crève. Et nous avec.
La vérité ? Tout le monde déteste le système. Tout le monde rêve d’y entrer. C’est ça notre cancer. On n’a pas besoin de bourreau : on s’étrangle nous-mêmes avec la corde du mensonge et on appelle ça « destin ».
Alpha Bacar Guilédji
"Écrasons l’infâme"
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